LE MERCREDI DE LA QUATRIÈME SEMAINE DE CARÊME

Ce jour est la Férie du Grand-Scrutin, parce que, dans l’Eglise de Rome, après les informations et examens nécessaires, on y consommait l’admission du plus grand nombre des Catéchumènes au Baptême. La Station se tenait dans la Basilique de Saint-Paul-hors-les-murs, tant à cause de la vaste étendue de cet édifice, que pour faire hommage à l’Apôtre de la Gentilité des nouvelles recrues que l’Eglise se disposait à faire au sein du paganisme. Le lecteur verra avec intérêt et édification les formes et les cérémonies observées en cette circonstance.

Les fidèles et les aspirants au Baptême étant réunis dans la Basilique vers l’heure de midi, on recueillait d’abord les noms de ces derniers ; et un acolyte les faisait ranger avec ordre devant le peuple, plaçant les hommes à droite, et les femmes à gauche. Un prêtre récitait ensuite sur chacun d’eux l’Oraison qui les faisait Catéchumènes ; car c’est improprement et par anticipation que nous leur avons jusqu’ici donné ce nom. Il les marquait d’abord du signe de la croix au front, et leur imposait la main sur la tête. Il bénissait ensuite le sel, qui signifie la Sagesse, et le faisait goûter à chacun d’eux.

Après ces cérémonies préliminaires, on les faisait sortir tous de l’église, et ils demeuraient sous le portique extérieur, jusqu’à ce qu’on les rappelât. Après leur départ, l’assemblée des fidèles étant demeurée dans l’église, on commençait l’Introït, qui est compose des paroles du Prophète Ezéchiel , dans lesquelles le Seigneur annonce qu’il réunira ses élus de toutes les nations, et qu’il répandra sur eux une eau purifiante pour laver toutes leurs souillures. L’acolyte rappelait ensuite tous les Catéchumènes par leur nom, et ils étaient introduits par le portier. On les rangeait de nouveau selon la différence des sexes, et les parrains et marraines se tenaient auprès d’eux. Le Pontife chantait alors la Collecte, après laquelle, sur l’invitation du diacre, les parrains et marraines traçaient le signe de la croix sur le front de chacun des aspirants qu’ils devaient cautionner à l’Eglise. Des acolytes les suivaient, et prononçaient les exorcismes sur chacun des élus, en commençant par les hommes, et passant ensuite aux femmes.

Un lecteur lisait ensuite la Leçon du Prophète Ezéchiel que l’on verra ci-après. Elle était suivie d’un premier Graduel composé de ces paroles de David :

« Venez, mes enfants, écoutez-moi ; je vous enseignerai la crainte du Seigneur. Approchez de lui, et vous serez illuminés, et vos visages ne seront point dans la confusion. »

Dans la Collecte qui suivait cette Leçon, on demandait pour les fidèles les fruits du jeûne quadragésimal. et cette prière était suivie d’une seconde Leçon du Prophète Isaie, qui annonce la rémission des péchés pour ceux qui recevront le bain mystérieux.

Un second Graduel, pareillement tiré des Psaumes, était ainsi conçu :

« Heureux le peuple qui a le Seigneur pour son Dieu, le peuple que le Seigneur a choisi a pour son héritage. »

Pendant la lecture des deux Leçons et le chant des deux Graduels, avait lieu la cérémonie mystérieuse de l’ouverture des oreilles. Des prêtres allaient successivement toucher les oreilles des Catéchumènes, imitant l’action de Jésus-Christ sur le sourd-muet de l’Evangile, et disant comme lui cette parole: Ephpheta, c’est-à-dire: Ouvrez-vous. Ce rite avait pour but de préparer les Catéchumènes à recevoir la révélation des mystères qui jusqu’alors ne leur avaient été montrés que sous le voile de l’allégorie. La première initiation qu’ils recevaient était relative aux saints Evangiles.

Après le second Graduel, on voyait sortir du Secretarium, et précédés des cierges et de l’encensoir, quatre diacres portant chacun un des quatre Evangiles. Ils se dirigeaient vers le sanctuaire, et plaçaient les livres sacrés à chacun des quatre angles de l’autel. Le Pontife, ou un simple prêtre par son ordre, adressait alors aux Catéchumènes l’allocution suivante que nous lisons encore au Sacramentaire Gélasien :

Etant sur le point de vous ouvrir les Evangiles, c’est-à-dire le récit des gestes de Dieu, nous devons d’abord, très chers fils, vous faire connaître ce que sont les Evangiles, d’où ils viennent, de qui sont les paroles qu’on y lit, pourquoi ils sont au nombre de quatre, qui les a écrits ; enfin quels sont ces quatre hommes, qui, annoncés d’avance par l’Es-prit-Saint, ont été désignés par le Prophète. Si nous ne vous donnions pas la raison de tous ces détails, nous laisserions de l’étonnement dans vos âmes; et comme vous êtes venus aujourd’hui pour que vos oreilles soient ouvertes, nous ne devons pas commencer par mettre votre esprit dans l’impuissance.

Evangile signifie proprement bonne nouvelle : parce que c’est l’annonce de Jésus-Christ notre Seigneur. L’Evangile est descendu de lui, afin d’annoncer et de montrer que celui qui parlait par les Prophètes est venu dans la chair, ainsi qu’il est écrit: Moi qui parlais, me voici. Ayant à vous expliquer brièvement ce qu’est l’Evangile, et quels sont ces quatre hommes montres d’avance par le Prophète, nous allons désigner leurs noms d’après les figures qui les indiquent. Le Prophète Ezéchiel dit: Et voici leurs traits : un homme et un lion à sa droite, un taureau et un aigle à sa gauche. Nous savons que ces quatre figures sont celles des Evangélistes, et voici leurs noms : Matthieu, Marc, Luc et Jean.

Après ce grave discours, un diacre, du haut de l’ambon, s’adressant aussi aux Catéchumènes, disait :

Tenez-vous en silence; écoutez avec attention.

Puis, ouvrant l’Evangile de saint Matthieu, qu’il avait pris sur l’autel, il en lisait le commencement jusqu’au verset vingt-unième.

Cette lecture terminée, un prêtre prenait la parole en ces termes :

Très chers fils, nous ne voulons pas vous tenir plus longtemps en suspens; nous vous exposerons donc la figure de chaque Evnngeliste. Matthieu a la figure d’un Homme, parce que, au commencement de son livre, il raconte tout au long la généalogie du Sauveur. Voici, en effet, son début : Le livre de la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. Vous voyez donc que ce n’est pas sans raison que l’on a assigné à Matthieu la figure de l’Homme, puisqu’il commence par la naissance humaine du Sauveur.

Le diacre resté à l’ambon disait encore :

Tenez-vous en silence; écoutez avec attention.

Puis il lisait le commencement de l’Evangile de saint Marc, jusqu’au verset huitième. Après cette lecture, le prêtre reprenait la parole en ces termes :

L’Evangéliste Marc porte la figure du Lion, parce qu’il commence par le désert, dans ces paroles : La voix qui crie dans le désert : Préparez la voie du Seigneur; ou encore, parce que le Sauveur règne invincible. Ce type du Lion est fréquent dans les Ecritures, afin de ne pas laisser sans application cette parole : Juda, mon fils, tu es le petit du Lion; tu es sorti de ma race. Il s’est couché, il a dormi comme un Lion, et comme le petit de la lionne : qui osera le réveiller ?

Le diacre, ayant ensuite répété son avertissement, lisait le commencement de l’Evangile de saint Luc, jusqu’au verset dix-septième ; et le prêtre reprenant la parole disait :

L’Evangéliste Luc porte la figure du Taureau, pour rappeler l’immolation de notre Sauveur. Cet Evangéliste commence par parler de Zacharie et d’Elisabeth, desquels naquit Jean-Baptiste, dans leur vieillesse.

Le diacre ayant annoncé avec la même solennité l’Evangile de saint Jean, dont il lisait les quatorze premiers versets, le prêtre reprenait en ces termes :

Jean a la figure de l’Aigle, parce qu’il plane dans les hauteurs. C’est lui qui dit : Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ; il était dans le principe en Dieu. Et David, parlant de la personne du Christ, s’exprime ainsi : Ta jeunesse sera renouvelée comme celle de l’Aigle: parce que Jésus-Christ notre Seigneur, ressuscité d’entre les morts, est monté jusqu’aux cieux. Ainsi, très chers frères, l’Eglise qui vous a conçus, qui vous porte encore en son sein, se félicite à la pensée du nouvel accroissement que va recevoir la loi chrétienne, lorsque, au jour vénérable de la Pàque, vous allez renaître dans l’eau baptismale, et recevoir du Christ notre Seigneur, comme tous les saints, le don d’une enfance fidèle.

La manifestation des quatre Evangélistes était suivie de la cérémonie qu’on appelait tradition du Symbole, par laquelle on proposait aux Catéchumènes le Symbole des Apôtres, et dans les siècles suivants celui de Nicée. Un prêtre faisait d’abord entendre cette allocution :

Admis à recevoir le Sacrement de Baptême, et devant être l’objet d’une nouvelle création dans le Saint-Esprit, il vous faut en ce moment, très chers fils, concevoir dans votre cœur la foi qui doit vous justifier : il vous faut, par vos esprits changés désormais par l’habitude de la vérité, approcher de Dieu qui est l’illumination de vos âmes. Recevez donc le secret du Symbole évangélique inspiré parle Seigneur, institué par les Apôtres. Il est en peu de mots; mais les mystères qu’il contient sont grands : car l’Esprit-Saint, qui a dicté cette formule aux premiers maîtres de l’Eglise, y a formulé la foi qui nous sauve, avec une grande précision de paroles, afin que les vérités que vous devez croire et considérer toujours ne puissent ni se dérober à l’intelligence, ni fatiguer la mémoire. Soyez donc attentifs pour apprendre ce Symbole, et ce que nous vous donnons traditionnellement comme nous l’avons reçu, écrivez-le, non sur une matière corruptible, mais sur les pages de votre cœur. Or donc, la confession de la foi que vous avez reçue commence ainsi.

On faisait alors avancer un des Catéchumènes, et le prêtre demandait à l’acolyte qui l’avait amené :

En quelle langue ceux-ci confessent-ils notre Seigneur Jésus-Christ?

L’acolyte répondait :

En grec.

On sait qu’à Rome, sous les empereurs, l’usage du grec était, pour ainsi dire, aussi répandu que l’usage du latin. Le prêtre disait alors à l’acolyte:

Annoncez-leur la foi qu’ils croient.

Et l’acolyte, tenant la main étendue sur la tête du Catéchumène, prononçait le Symbole en grec, sur un récitatif solennel. On faisait ensuite approcher une des femmes catéchumènes de la langue grecque ; l’acolyte répétait le Symbole de la même manière. Le prêtre disait alors:

Très chers fils, vous avez entendu le Symbole en grec ; écoutez-le maintenant en latin.

On amenait donc successivement deux Catéchumènes de la langue latine, homme et femme, et l’acolyte récitait deux fois devant eux, et à haute voix, de manière à ce que tous les autres pussent entendre, le Symbole en latin. La tradition du Symbole étant ainsi accomplie, le prêtre prononçait cette allocution :

Tel est l’abrégé de notre foi, très chers fils, et telles sont les paroles du Symbole, disposées non d’après les pensées de la sagesse humaine, mais selon la raison divine. Il n’est personne qui ne soit capable de les comprendre et de Jes retenir. C’est là qu’est exprimée la puissance une et égale de Dieu Père et Fils; là que nous est montré le Fils unique de Dieu, naissant, selon la chair, de la Vierge Marie par l’opération de l’Esprit-Saint ; là que sont racontés son crucifiement, sa sépulture et sa résurrection le troisième jour; là que l’on confesse son ascension au-dessus des cieux, sa séance à la droite de la majesté du Père, son futur avènement pour juger les vivants et les morts; là qu’est annoncé le Saint-Esprit qui a la même divinité que le Père et le Fils; là enfin que sont enseignées la vocation de l’Eglise, la rémission des péchés et la résurrection de la chair. Vous quittez donc le vieil homme, mes très chers fils, pour être réformés selon le nouveau ; de charnels, vous commencez à devenir spirituels; de terrestres, célestes. Croyez d’une foi ferme et constante que la résurrection qui s’est accomplie dans le Christ s’accomplira aussi en vous, et que ce prodige qui s’est opéré dans notre Chef se reproduira dans tous les membres de son corps. Le sacrement du Baptême que vous devez bientôt recevoir nous donne une expression visible de cette espérance. Il s’y manifeste comme une mort et comme une résurrection ; on y quitte l’homme ancien, et on y en prend un nouveau. Le pécheur entre dans l’eau, et il en sort justifié. Celui qui nous avait entraînés dans la mort est rejeté ; et l’on reçoit celui qui nous a ramenés à la vie, et qui, par sa grâce qu il vous donnera, vous rendra enfants de Dieu, non par la chair, mais par la vertu du Saint-Esprit. Vous devez donc retenir dans vos coeurs cette courte formule, de manière à user en tout temps, comme d’un secours, de la Confession qu’elle contient. Le pouvoir de cette arme est invincible contre toutes les embûches de l’ennemi; elle doit être familière aux vrais soldats du Christ. Que le diable, qui ne cesse jamais de tenter l’homme, vous trouve toujours armés de ce Symbole. Triomphez de l’adversaire auquel vous venez de renoncer ; conservez, par le secours du Seigneur, jusqu’à la lin, incorruptible et immaculée la grâce qu’il se prépare à vous faire : afin que celui en qui vous allez recevoir la rémission des péchés vous procure la gloire de la résurrection. Ainsi donc, très chers fils, vous connaissez présentement le Symbole de la foi catholique; apprenez-le avec soin, sans y changer un seul mot. La miséricorde de Dieu est puissante ; qu’elle vous conduise à la foi du Baptême à laquelle vous aspirez ; et nous-mêmes qui vous ouvrons aujourd’hui les mystères, qu’elle nous fasse parvenir avec vous au royaume des cieux, par le même Jésus-Christ notre Seigneur, qui vit et règne dans les siècles des siècles. Amen.

Après la tradition du Symbole, on donnait aux Catéchumènes l’Oraison Dominicale. Le diacre annonçait d’abord cette nouvelle faveur, et après qu’il avait recommandé le silence et l’attention, un prêtre adressait aux candidats cette nouvelle allocution : Notre Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, entre divers préceptes salutaires, au jour que ses disciples lui demandaient comment ils devaient prier, leur donna cette forme de prière que vous allez entendre, et dont on va vous révéler le sens dans sa plénitude. Que Votre Charité écoute donc maintenant en quelle manière le Sauveur a appris à ses disciples qu’il faut prier le Dieu Père tout-puissant : Lorsque vous prierez, dit-il, entrez dans votre chambre, et ayant ferme la porte, priez votre Père. Ce qu’il entend par la chambre, ce n’est pas un appartement secret, mais l’intime de votre cœur qui n’est connu que de Dieu seul. Quand il dit que l’on doit adorer Dieu après avoir fermé la porte, il nous avertit que nous devons fermer notre cœur aux pensées mauvaises avec la clef mystique, et, les lèvres fermées, parler à Dieu dans la pureté de notre âme. Ce que notre Dieu écoute, c’est a foi, et non le bruit des paroles. Que notre cœur soit donc fermé avec la clef de la foi aux embûches de l’ennemi ; qu’il ne soit ouvert qu’à Dieu dont nous savons qu’il est le temple ; et le Seigneur habitant ainsi dans nos cœurs, il sera propice à nos prières. Le Verbe, la Sagesse de Dieu, le Christ notre Seigneur, nous a donc appris la prière que voici :

 

NOTRE PÈRE QUI ÊTES AUX CIEUX.

Remarquez cette parole de liberté et d’une pleine confiance. Vivez donc de manière à pouvoir être les fils de Dieu et les frères du Christ. Quelle ne serait pas la témérité de celui qui oserait appeler Dieu son père, et qui se montrerait dégénéré de lui en supposant à sa volonté ? Très chers fils, montrez-vous dignes de la divine adoption ; car il est écrit : Tous ceux qui ont cru en lui, il leur a donné le pouvoir d’être faits enfants de Dieu.

 

QUE VOTRE NOM SOIT SANCTIFIÉ.

Ce n’est pas que Dieu, qui est toujours saint, ait besoin d’être sanctifié par nous ; nous demandons que son Nom soit sanctifié en nous : en sorte que nous qui sommes rendus saints dans son Baptême, nous persévérions dans le nouvel être que nous avons reçu.

 

QUE VOTRE RÈGNE ARRIVE.

Notre Dieu, dont le royaume est immortel, ne règne-t-il donc pas toujours ? assurément ; mais quand nous disons: Que votre règne arrive, nous demandons l’avènement du royaume que Dieu nous a promis, et lui nous a été mérité par le sang et les souffrances du Christ.

 

QUE VOTRE VOLONTÉ SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL.

C’est-à-dire : Votre volonté s’accomplisse, en sorte que ce que vous voulez dans le ciel, nous qui sommes sur la terre le fassions fidèlement.

 

DONNEZ-NOUS AUJOURD’HUI NOTRE PAIN QUOTIDIEN.

Entendons ici la nourriture spirituelle : car le Christ est notre pain, lui qui a dit : Je suis le Pain vivant descendu du ciel. Nous l’appelons quotidien, parce que nous devons constamment demander exemption du péché, afin d’être dignes de l’aliment céleste.

 

ET PARDONNEZ-NOUS NOS OFFENSES , COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSÉS.

Ces paroles veulent dire que nous ne pouvons mériter le pardon des péchés, qu’en remettant d’abord aux autres ce qu’ils ont fait contre nous. C’est ainsi que le Seigneur dit dans l’Evangile : Si vous ne remettez pas aux hommes leurs fautes contre vous, votre Père ne vous remettra pas non plus vos péchés.

 

ET NE NOUS INDUISEZ PAS EN TENTATION.

C’est-à-dire, ne souffrez pas que nous y soyons induits par celui qui tente, par l’auteur du mal. L’Ecriture, en elfet, nous dit : Dieu n’est pas celui qui nous tente pour le mal. C’est le diable qui nous tente ; et pour le vaincre, le Seigneur nous dit : Veillez et priez, afin que vous n’entnej pas en tentation.

 

MAIS DÉLIVREZ-NOUS DU MAL.

Ces paroles se rapportent à ce que dit l’Apôtre : Vous ne savez pas ce qu’il vous convient de demander.

Le Dieu unique et tout-puissant doit être supplié par nous, afin que les maux qui ne peuvent être évités par la fragilité humaine le soient cependant par nous, en vertu du secours que daignera nous accorder Jésus-Christ notre Seigneur, qui, étant Dieu, vit et règne en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Après cette allocution, le diacre disait :

Tenez-vous en ordre et en silence, et prêtez une oreille attentive.

Et le prêtre reprenait ainsi :

Vous venez d’entendre, très chers fils, les mystères de l’Oraison Dominicale ; maintenant établissez-les dans vos cœurs, en allant et venant, afin que vous arriviez à devenir parfaits, pour demander et recevoir la miséricorde de Dieu. Le Seigneur notre Dieu est puissant, et vous qui êtes en marche vers la foi, il vous conduira au bain de l’eau qui regénère. Qu’il daigne nous faire arriver avec vous au royaume céleste, nous qui venons de vous livrer les mystères de la foi catholique ; lui qui vit et règne avec Dieu le Père, en l’unité du Saint-Esprit, dans tous les siècles des siècles.

Après la lecture de l’Evangile dans lequel était racontée la guérison de l’aveugle-né, le diacre, selon l’usage, faisait sortir de l’église tous les Catéchumènes ; leurs parrains et marraines les conduisaient eux-mêmes dehors, et rentraient ensuite dans l’église pour assister au Sacrifice avec les autres fidèles. A l’Offrande, ils venaient présenter à l’autel les noms de leurs clients spirituels ; et le Pontife récitait ces noms, ainsi que ceux des parrains et marraines, dans les prières du Canon. Vers la fin de la Messe, on faisait rentrer les Catéchumènes, et on leur déclarait le jour où ils devraient se présenter à l’église, pour rendre compte du Symbole et des autres instructions qu’ils venaient de recevoir.

L’imposante cérémonie dont nous venons d’exposer quelques traits, n’avait pas lieu seulement aujourd’hui ; elle se répétait plusieurs fois, selon le nombre des Catéchumènes, et le plus ou moins de temps nécessaire pour recueillir, sur la conduite de chacun d’eux, les renseignements dont l’Eglise avait besoin pour juger de leur préparation au Baptême. Dans l’Eglise Romaine , on tenait, comme nous l’avons dit, jusqu’à sept scrutins ; mais le plus nombreux et le plus solennel était celui d’aujourd’hui ; et ils se terminaient tous par la cérémonie que nous venons de décrire.

 

COLLECTE.

 

Deus, quiet justis praemia meritorum, et peccatoribus per jejunium veniam praebes : miserere supplicibus tuis ; ut reatus nostri confessio indulgentiam valeat percipere delictorum. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

 

O Dieu qui, par le moyen du jeûne, accordez aux justes la récompense de leurs mérites, et aux pécheurs le pardon de leurs crimes, ayez pitié de ceux qui vous supplient, afin que, par la confession de nos offenses, nous méritions d’en obtenir la rémission. Par notre Seigneur Jésus-Christ. Amen.

 

 

PREMIERE LEÇON.

 

Lectio Ezechielis Prophetae. Cap. XXXVI.

Haec dicit Dominus Deus : Sanctificabo Nomen meum magnum, quod pollutum est inter gentes, quod polluistis m medio earum : ut sciant gentes quia ego Dominus, cum sanctificatus fuero in vobis coram eis. Tollam quippe vos de gentibus, et congregabo vos deuniversis terris, et adducam vos in terram vestram. Et effundam super vos aquam mundam, et mundabimini ab omnibus inquinamentis vestris, et ab universis idolis vestris mundabo vos. Et dabo vobis cor novum, et spiritum novum poenam in medio vestri : et auferam cor lapideum de carne vestra, et dabo vobis cor carneum. Et Spiritum meum ponam in medio vestri : et faciam ut in praeceptis meis ambuletis, et judicia mea custodiatis, et operemini. Et habitabitis in terra quam dedi patribus vestris : et eritis mihi in populum, et ego ero vobis in Deum : dicit Dominus omnipotens.

 

Lecture du Prophète Ezéchiel. Chap. XXXVI.

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Je sanctifierai mon grand Nom qui a été profané parmi les nations, et que vous avez déshonoré au milieu d’elles : afin que les nations sachent que je suis le Seigneur, lorsque j’aurai été sanctifié à leurs yeux, au milieu de vous. Car je vous retirerai d’entre les peuples, et je vous rassemblerai de tous les pays, et je vous amènerai dans la terre qui est à vous. Et je répandrai sur vous une eau pure, et vous serez purifiés de toutes vos souillures, et je vous purifierai des impuretés de toutes vos idoles. Et je vous donnerai un cœur nouveau, et je mettrai un esprit nouveau au milieu de vous. Et j’ôterai de votre chair le cœur de pierre, et je vous donnerai un cœur de chair, et je mettrai mon Esprit au milieu de vous, et je ferai que vous marcherez dans mes préceptes, que vous garderez mes commandements et que vous les pratiquerez. Et vous habiterez dans la terre quej’ai donnée à vos pères ; et vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu, dit le Seigneur tout-puissant.

 

Ces magnifiques promesses qui s’accompliront un jour à l’égard de la nation juive, quand la justice du Seigneur sera satisfaite, se réalisent d’abord dans nos Catéchumènes. Ce sont eux que la grâce divine a rassemblés de tous les pays de la gentilité, pour les conduire à leur vraie patrie qui est l’Eglise. Dans peu de jours, on répandra sur eux cette eau pure qui doit effacer la souillure de l’idolâtrie ; ils recevront un esprit nouveau, un cœur nouveau, et ils seront pour toujours le vrai peuple du Seigneur.

 

DEUXIEME LEÇON.

 

Lectio Isaiae Prophetae. Cap.   I.

Haec dicit Dominus Deus : Lavamini, mundi estote, auferie malum cogitationum vestrarum ab oculis meis : quiescite agere perverse, discite benefacere : quærite judicium, subvenite oppresso, judicate pupillo, défendue viduam. Et venite, et arguite me, dicit Dominus. Si fuerint peccata vestra ut coccinum, quasi nix dealbabuntur : et si fuerint rubra quasi vermiculus, velut lana alba erunt. Si volueritis, et audieritis me, bona terra; cornedetis : dicit Dominus omnipotens.

 

Lecture du Prophète Isaïe. Chap. I.

Voici ce que dit le Seigneur Dieu : Lavez-vous, purifiez-vous, ôtez de devant mes yeux la malignité de vos pensées, cessez de faire le mal, apprenez à faire le bien, recherchez l’équité, assistez l’opprimé, faîtes justice à l’orphelin, défendez la veuve, et après cela, venez et soutenez votre cause contre moi, dit le Seigneur. Quand vos péchés seraient comme l’écarlate, ils deviendront blanes comme la neige ; et quand ils seraient rouges comme le vermillon, ils deviendront blancs comme la laine la plus blanche. Si vous voulez m’écouter, vous serez rassasiés des biens de la terre promise, dit le Seigneur tout-puissant.

 

C’est maintenant à ses Pénitents que l’Eglise adresse ce beau passage d’Isaie. Pour eux aussi un bain est prépare : bain laborieux, mais efficace pour laver toutes les taches de leurs âmes, s’ils s’y présentent avec une contrition sincère, et disposes a réparer le mal qu’ils ont commis. Se peut-il rien de plus énergique que la promesse du Seigneur ? Les couleurs les plus foncées et les plus éclatantes remplacées en un instant par la pure blancheur de la neige, telle est l’image du changement que Dieu se prépare à opérer dans l’âme du pécheur repentant. L’injuste va devenir juste, les ténèbres vont se transformer en lumière, l’esclave de Satan va être fait enfant de Dieu. Réjouissons-nous avec notre heureuse mère la sainte Eglise, et, redoublant d’ardeur dans la prière et la pénitence, obtenons que le nombre des réconciliés, au grand jour de la Pâque, surpasse encore ses espérances.

 

 

ÉVANGILE.

 

Sequentia sancti Evangelii secundum Johannem. Cap. IX.

In illo tempore : Praeteriens Jesus vidit hominem cœcum a nativitate : et interrogaverunt eum discipuli ejus : Rabbi, quis peccavit, hic, aut parentes ejus, ut cæcus nasceretur ? Respondit Jesus: Neque hic peccavit, neque parentes ejus : sed ut manifestentur opera Dei in illo. Me oportet operari opera ejus, qui misit me, donec dies est : venit nox, quando nemo potest operari. Quamdiu sum in mundo, lux sum mundi. Hæc cumdixisset, exspuit in terram, et fecit lutum exsputo, et linivit lutum super oculos ejus, et dixit ei : Vade, lava in natatoria Siloe (quod interpretatur Missus). Abiit ergo, et lavit, et venit videns. Itaque vicini, et qui viderant eum prius, quia mendicus erat, dicebant : Nonne hic est, qui sedebat, et mendicabat ? Alii dicebant : Quia hic est ; aliiautem : Nequaquam, sed similis est ei. Ille vero dicebat : Quia ego sum. Dicebant ergo ei : Quomodo aperti sunt tibi oculi ? Respondit : Ille homo, qui dicitur Jésus , lutum fecit et unxit oculos meos, et dixit mihi : Vade ad natatoria Siloe, et lava. Et abii, lavi, et video. Et dixerunt ei : Ubi est ille ? Ait : Nescio. Adducunt eum ad Pharisaeos, qui cæcus fuerat. Erat autem Sabbatum quando lutum fecit Jésus, et aperuit oculos ejus. Iterum ergo interrogabant eum Pharisæi quomodo vidisset. Ille autem dixit eis : Lutum mihi posuit super oculos, et lavi, et video. Dicebant ergo ex Pharisœis quidam : Non est hic homo a Deo, qui Sabbatum non custodit. Alii autem dicebant : Quomodo potest homo peccator lircc signa facere ? Et schisma erat inter eos. Dicunt ergo cajco iterum : Tu quid dicis de illo, qui aperuit oculos tuos ? Ille autem dixit : Quia propheta est. Non crediderunt ergo Judæi de illo, quia crecus fuisset et vidisset, donec vocaverunt parentes ejus. qui viderat : et interrogaverunt eos, dicentes : Hic est filius vester, quem vos dicitis quia cæcus natus est ? Quomodo ergo nunc videt ? Responderunt eis paren-tesejus, et dixerunt : Scimus quia hic est filius noster, et quia cœcus natus est : quomodo autem nunc videat, nescimus : aut quis ejus aperuit oculos, nescimus : ipsuminterrogate : aetatem habet ; ipse de se loquatur. Haec dixerunt parentes ejus, quoniam timebant Judœos : jam enim conspiraverant Judæi, ut si quis eum confiteretur esse Christum , extra synagogam fieret : propterea parentes ejus dixerunt : Quia ætatem habet, ipsum interrogate. Vocaverunt ergo rursum hominem, qui fuerat cæcus. et dixerunt ei : Da gloriam Deo. Nos scimus quia hic homo peccator est. Dixit ergo eis ille : Si peccator est, nescio: unum scio, quia cæcus eum essem, modo video. Dixerunt ergo illi : Quid fecit tibi ? quomodo aperuit tibi oculos ? Respondit eis: Dixi vobis jam, et audistis : quid iterum vultis audire? numquid et vos vultis discipuli ejus fieri ? Maledixerunt ergo ei, et dixerunt : Tu discipulus illius sis : nos autem Moysi discipuli sumus. Nos scimus quia Moysi locutus est Deus : hune autem nescimus unde sit. Respondit ille homo, et dixit eis : In hoc enim mirabile est, quia vos nescitis unde sit, et aperuit meos oculos : scimus autem quia peccatores Deus non audit : sed si quis Dei cultor est, et voluntatem ejus facit, hune exaudit. A saeculo non est auditum, quia quis aperuit oculus caici nati. Nisi esset hic a Deo, non poterat facere quidquam. Responderunt, et dixerunt ei : In peccatis natus es totus, et tu doces nos ? Et ejecerunt eum foras. Audivit Jesus quia ejecerunt eum foras ; et cum invenisset eum, dixit ei : Tu credis in Filium Dei ? Respondit ille, et dixit : Quis est, Domine, ut credam in eum? Et dixit ei Jesus: Et vi disti eum : et qui loquitur tecum, ipse est. At ille ait : Credo, Domine. Et procidens adoravit eum.

 

La suite du saint Evangile selon saint Jean. Chap. IX.

En ce temps-là, Jésus vit, en passant, un homme aveugle de naissance : et ses disciples lui firent cette question : Maître, en quoi celui-ci a-t-il péché, ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n’est point qu’il ait péché, ni ses parents ; mais c’est afin que les œuvres de Dieu soient manifestées en lui. Pendant qu’il est jour, il faut que je fasse les œuvres de celui qui m’a envoyé : la nuit vient où personne ne peut travailler; tandis que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Avant dit cela, il cracha à terre, et fit de la boue avec sa salive, et il enduisit de cette boue les yeux de l’aveugle, et il lui dit : Va, et lave-toi dans la piscine de Siloé (qui signifie Envoyé). Il s’en alla donc, se lava, et revint voyant clair. Or, ses voisins et ceux qui l’avaient vu auparavant demander   l’aumône,   disaient : N’est-ce pas celui-là qui était assis là et qui mendiait ? Les uns disaient : C’est lui; d’autres: Non; c’en est un qui lui ressemble. Mais lui disait : C’est moi-même. Ils lui disaient donc : Comment tes yeux se sont-ils ouverts? Il répondit : Cet homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, en a enduit mes yeux, et m’a dit : Va à la piscine de Siloé, et lave-toi. J’y suis allé, je me suis lavé, et je vois. Et ils dirent : Où est-il ? Il répondit: Je ne sais. Ils amenèrent donc aux Pharisiens cet homme qui avait été aveugle. Or, c’était le jour du Sabbat que Jésus avait fait cette boue, et lui avait ouvert les yeux. Les Pharisiens donc lui demandèrent comment il avait recouvré la vue. Il leur dit : Il m’a mis de la boue sur les yeux, je me suis lavé, et je vois. Quelques-uns des Pha-risiensdisaient : Cet homme n’est pas de Dieu, qui ne garde pas le Sabbat. Mnis d’autres disaient : Comment un pécheur peut-il faire ces signes ? Et il y avait division entre eux. Ils dirent donc encore à l’aveugle: Et toi, que dis-tu de celui qui t’a ouvert les yeux ? Il répondit: C’est un Prophète. lais les Juifs ne crurent pas que cet homme eût été aveugle et qu’il eût reçu la vue, jusqu’à ce qu’ils eussent fait venir les parents de celui qui voyait. Et ils les interrogèrent, disant : Est-ce là votre fils que vous dites être né aveugle ? Comment donc voit-il maintenant? Ses parents répondirent : Nous savons que c’est là notre fils, et qu’il est né aveugle ; mais nous ne savons pas comment il voit maintenant, et nous ignorons qui lui a ouvert les veux. Interrogez-le; il a de l’âge : qu’il parle de lui-même. Les parents dirent cela, parce qu ils craignaient les Juifs : car déjà les Juifs avaient résolu ensemble que quiconque confesserait que Jésus est le Christ serait chassé de la synagogue. Les parents de l’aveugle dirent donc:Il a assez d’âge; interrogez-le lui-même. Les Juifs appelèrent de nouveau l’homme qui avait été aveugle, et lui dirent : Rends gloire à Dieu. Nous savons que cet homme est un pécheur. Il leur dit : S’il est un pécheur, je n’en sais rien ; tout ce que je sais, c’est que j’étais aveugle, et qu’à présent je vois. Ils lui dirent encore: Que t’a-t-il fait ? et comment t’a-t-il ouvert les yeux ? Il leur répondit : Je vous l’ai déjà dit, et vous l’avez entendu ; pourquoi voulez-vous l’entendre encore ? vous aussi, voulez-vous devenir ses disciples ? Alors ils le maudirent et lui dirent : Sois toi-même son disciple ; nous, nous sommes disciples de Moïse. Nous savons que Dieu a parle à Moïse ; mais celui-ci, nous ne savons d’où il est. Cet homme leur répondit : Cela est surprenant que vous ne sachiez d’où il est ; et cependant il m’a ouvert les yeux Nous savons que Dieu n’écoute point les pécheurs; mais si quelqu’un honore Dieu et tait sa volonté, il l’exauce. Jamais on n’a ouï dire que personne ait ouvert les yeux d’un aveugle-né. Si cet homme n’était pas de Dieu, il ne pourrait rien faire de semblable. Ils lui repondirent : Tu n’es que péché des le ventre de ta mère, et tu nous enseignes ? Et ils le chassèrent. Jésus, ayant appris qu’ils l’avaient ainsi chassé, et l’avant rencontré, lui dit: Croîs-tu au Fils de Dieu ? Il répondit : Qui est-il, Seigneur, afin que je croie en lui ? Jésus lui dit : Tu l’as vu ; et celui qui te parle, c’est lui-même. Il répondit : Je crois. Seigneur. Et, se prosternant, il l’adora.

 

L’Eglise des premiers siècles désignait le Baptême sous le nom d’Illumination, parce que c est ce Sacrement qui confère à l’homme la foi surnaturelle par laquelle il est éclairé de la lumière divine. C’est pour cette raison qu’on lisait aujourd’hui le récit de la guérison de l’aveugle-né, symbole de l’homme illuminé par Jésus-Christ. Ce sujet est souvent reproduit sur les peintures murales des catacombes et sur les bas-reliefs des anciens sarcophages chrétiens.

Nous naissons tous aveugles ; Jésus-Christ, par le mystère de son incarnation figuré sous cette boue qui représente notre chair, nous a mérité le don de la vue ; mais pour en jouir, il nous faut aller à la piscine du divin Envoyé, et nous laver dans l’eau baptismale. Alors nous serons éclairés de la lumière même de Dieu, et les ténèbres de notre raison seront dissipées. La docilité de l’aveugle-né, qui accomplit avec tant de simplicité les ordres du Sauveur, est l’image de celle de nos Catéchumènes qui écoutent si docilement les enseignements de l’Eglise, parce que eux aussi veulent recouvrer la vue. L’aveugle de l’Evangile, dans la guérison corporelle de ses yeux, nous donne la figure de ce que la grâce de Jésus-Christ opère en nous par le Baptême; mais, afin que l’instruction soit complète, il reparaît à la fin du récit pour nous fournir un modèle de la guérison spirituelle de l’âme frappée de l’aveuglement du péché.

Le Sauveur l’interroge, comme l’Eglise nous a interrogés nous-mêmes sur le bord de la piscine sacrée. « Crois-tu au Fils de Dieu ? » lui demande-t-il. Et l’aveugle, rempli d’ardeur pour croire, répond avec empressement : « Qui est-il, a Seigneur, afin que je croie en lui ? » Telle est la foi, qui unit la faible raison de l’homme à la souveraine sagesse de Dieu, et nous met en possession de son éternelle vérité. A peine Jésus a-t-il affirmé sa divinité à cet homme simple, qu’il reçoit de lui l’hommage de l’adoration ; et celui qui d’abord avait été aveugle dans son corps, et qui ensuite avait reçu la vue matérielle, est maintenant chrétien. Quel enseignement complet et lucide pour nos Catéchumènes ! En même temps, ce récit leur révélait et nous rappelle à nous-mêmes l’affreuse perversité des ennemis de Jésus. Il sera bientôt mis à mort, le juste pas excellence ; et c’est par l’effusion de son sang qu’il nous méritera, et à tous les hommes, la guérison de l’aveuglement dans lequel nous sommes nés, et que nos péchés personnels contribuaient encore à épaissir. Gloire donc, amour et reconnaissance à notre divin médecin qui, en s’unissant à la nature humaine, a préparé le collyre par lequel nos yeux sont guéris de leur infirmité, et rendus capables de contempler à jamais les splendeurs de la divinité même !

Humiliate capita vestra Deo. Humiliez vos têtes devant Dieu.

 

ORAISON.

 

Pateant aures misericordiae tuae, Domine, precibus supplicantium : et ut petentibus desiderata concedas, fac eos quæ tibi sunt placita postulare. Per Christum Dominum nostrum. Amen.

 

Que les oreilles de votre miséricorde, Seigneur, soient ouvertes aux prières de ceux qui l’implorent ; et afin que vous leur accordiez ce qu’ils désirent, faites qu’ils vous demandent ce qui vous est agréable. Par Jésus-Christ notre Seigneur. Amen.

 

 

La Liturgie Mozarabe nous fournit, dans son Missel, cette belle Préface, ou Illation, qui se rapporte à l’Evangile d’aujourd’hui :

 

ILLATIO.

(Dominica II Quadragesimae.)

 

Dignum et justum est nos tibi gratias agere : Domine sancte, Pater alterne, omnipotens Deus, per Jesum Christum Filium tuum Dominum nostrum. Qui illuminatione sua; fidei tenebras mundi expulit : et fecit filios esse gratis, qui tenebantur sub legis justa damnatione. Qui ita in judicium in hoc mundo venit : ut non videntes viderent : et videntes cœci essent : qualiter et hi qui in se tenebras confiterentur errorum: perciperent lumen aeternum, per quod carerent tenebris delictorum. Et hi qui de meritis suis arrogantes lumen in semetipsos habere justitice existiinabant, in semetipsis merito tenebrescerent; qui elevati superbia sua et de justitia confisi propria : ad sanandum medicum non quaerebant. Per Jesum enim, qui ostium esse dixit ad Patrem, poterant introire. Sed quia de meritis elevati sunt improbe, in suar emanserunt nihilominus cæcitate. Proinde humiles nos venientes : nec de meritis nostris praesumentes, aperimus ante altare tuum, sanctissime Pater, vulnus proprium : tenebras nostrorum fatemur errorum : conscientiae nostra: aperimusarcanum Inveniamus, quæsumus, in vulnere medicinam, in tenebris lucem æternam : innocentiae puritatem in conscientia. Cernere etenim totis nisibus volumus faciem tuam : sed impedimur cajcati tenebra consueta. Cœlos aspicere cupimus : nec valemus : dum cascati tenebris peccatorum : nec hos pro sancta vita attendimus   : qui     propter excellentiam vita; coeli nomine mincupati sunt. Occurre igitur, Jesu, nobis in templo tuo orantibus : et cura omnes in hac die, qui in virtutibus facientes noluisti Sabbatum custodire. Ecce ante gloriam Nominis tui aperimus vulnera nostra : tu appone nostris infirmitatibus medicinam. Succurre nobis ut promisisti precantibus : qui ex nihilo fecisti quod sumus. Fac collyrium et tange oculos nostri cordis et corporis : ne crecique labamur in tenebrarum erroribus consuetis. Ecce pedes tuos rigamus fletibus : non nos abjicias humiliatos. O Jesu bone ! a vestigiis tuis non recedamus : qui humilis venisti in terris. Audi jam nostrorum omnium precem : etevellens nostrorum criminum cæcitatem : videamus gloriam faciei tuœ in pacis alternae beatitudine.

 

 

Il est juste et équitable que nous vous rendions grâces, Seigneur saint, Père éternel, Dieu tout-puissant, par Jésus-Christ votre Fils, notre Seigneur, qui, répandant l’illumination de la foi, a chassé les ténèbres de ce monde, et a fait enfants de la grâce ceux qui étaient captifs sous la justecondam-nation de la loi. Il est venu en ce monde pour exercer un jugement selon lequel ceux qui ne voyaient pas seraient appelés à voir, et ceux qui voyaient deviendraient aveugles : en sorte que ceux qui confesseraient les ténèbres de leurs erreurs recevraient la lumière éternelle qui les délivrerait des ombres du péché. Quant à ceux qui, fiers de leurs mérites, pensaient avoir en eux-mêmes la lumière de justice, ils devaient, par une juste raison, s’abîmer dans leurs propres ténèbres. Enflés d’orgueil et pleins de confiance en leur propre justice, ils ne songèrent pas à chercher le médecin   qui pouvait les guérir. Ils étaient ibres d’entrer par Jésus qui disait : Je suis la porte pour aller au Père ; mais parce que dans leur malice ils s’enorgueillissaient de leurs mérites, ils demeurèrent dans   leur     aveuglement. Nous venons donc   dans l’humilité, ô Père très saint ! Ce n’est point en présumant de nos mérites que nous découvrons nos plaies devant votre autel ;   nous confessons les ténèbres de nos erreurs, nous dévoilons le secret de nos consciences. Faitesnous trouver le remède à nos blessures, la lumière éterncllepouréclairer nos ténèbres, l’innocence pour purifier   nos âmes. Nous désirons avec ardeur contempler votre face ; mais nos   ténèbres ordinaires nous   tiennent   aveuglés. Nous voudrions voir le ciel, et nous ne le pouvons, ayant les yeux obscurcis par nos péchés ; nous n’avons point imité dans leur vie sainte ceux qui, à cause de leurs vertus, ont été appelés les Cieux. Venez donc à nous, ô Jésus ! à nous qui prions dans votre temple, et guérissez-nous tous en ce jour, vous qui n’avez pas voulu astreindre au Sabbat ceux qui opèrent vos merveilles. Nous découvrons nos blessures devant la majesté de votre saint Nom ; appliquez le remède à nos infirmités. Secourez vos suppliants, vous qui de rien nous avez créés, faites un collyre, et touchez les yeux de notre cœur et de notre corps, de peur que notre aveuglement ne nous fasse retomber dans les ténèbres de l’erreur. Nous arrosons vos pieds de nos larmes ; ne repoussez point nos abaissements. O bon Jésus ! que nous ne quittions point vos pieds sacrés, vous qui êtes venu sur la terre dans l’humilité. Ecoutez la prière de nous tous, et, dissipant l’aveuglement de nos crimes, faites-nous voir la gloire de votre face dans l’heureux séjour de l’éternelle paix.