LE JEUDI DE LA QUATRIEME SEMAINE APRÈS PÂQUES

 

V/. In resurrectione tua, Christe, alleluia,

R/. Cœli et terra laetentur, alleluia.

 

V/. A votre résurrection, ô Christ ! alleluia,

R/. Le ciel et la terre sont dans l’allégresse, alleluia.

 

Les Apôtres ont reçu leur mission, le souverain Maître leur a donné l’ordre de se partager les provinces de la terre, et de prêcher partout l’Evangile, c’est-à-dire la bonne nouvelle, la nouvelle du salut des hommes par le Fils de Dieu incarné, crucifié et ressuscité d’entre les morts. Mais quel sera le point d’appui de ces humbles Juifs transformés tout à coup en conquérants, et devant lesquels est le monde entier? Ce point d’appui est la promesse solennelle qu’il leur fait en ces jours, lorsqu’après leur avoir dit : « Allez, enseignez toutes les nations », il ajoute : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la consommation des siècles (1). » Ainsi, il s’engage à ne les quitter jamais, à les présider et à les conduire toujours. Ils ne le verront plus en cette vie ; mais ils savent qu’il continuera d’être au milieu d’eux.

Mais les Apôtres avec lesquels le Christ s’est engagé à résider, qu’il préservera de toute chute et de toute erreur dans l’enseignement de sa doctrine,

  1. MATTH. XXVIII, 20.

les Apôtres ne sont pas immortels. On les verra tour à tour rendre à leur Maître divin le témoignage du sang, et disparaître de ce monde. Sommes-nous donc condamnés à l’incertitude, aux ténèbres, qui sont le partage de ceux sur qui la lumière a cessé de luire ? Le passage de l’Emmanuel sur la terre aura-t-il donc été semblable à celui de ces météores qui, la nuit, traversent l’horizon en l’illuminant de mille feux, et s’éclipsent en un instant, laissant le ciel dans une obscurité plus profonde qu’auparavant ?

Rassurons-nous par la parole même de notre divin ressuscité. Il n’a pas dit à ses Apôtres : « Voici que je suis avec vous jusqu’à la fin de « votre vie » ; il a dit : « jusqu’à la consommation des siècles. » Ceux auxquels il parlait à ce moment devaient donc vivre autant que le monde. Qu’est-ce à dire, sinon que les Apôtres devaient avoir des successeurs, dans lesquels se perpétueraient leurs droits, des successeurs que Jésus ne cesserait d’assister de sa présence et de soutenir de son pouvoir? Elle devait être impérissable, l’œuvre qu’un Dieu, dans son amour pour les hommes, avait fondée au prix de son sang. Jésus, par sa présence au milieu de ses Apôtres, préservait leur enseignement de toute erreur ; par sa présence aussi il dirigera jusqu’à la fin l’enseignement de leurs successeurs.

O don précieux et nécessaire de l’infaillibilité dans l’Eglise ! Don sans lequel la mission du Fils de Dieu eût manqué son effet ! Don par lequel la foi, cet élément essentiel du salut de l’homme, se conserve sur la terre ! Oui, nous avons la promesse ; et les effets de cette promesse sont visibles, même aux yeux de ceux qui n’ont pas le bonheur de croire. Qui pourrait, s’il est de bonne foi, ne pas reconnaître la main divine dans la perpétuité du symbole catholique sur cette terre où tout change, où rien n’a pu demeurer stable ? Est-il naturel qu’une société ayant pour lien l’unité dans les pensées traverse les siècles, sans rien perdre et sans rien emprunter à ce qui l’entoure? qu’elle ait été successivement en butte à mille sectes sorties de son sein, et qu’elle ait triomphé de toutes, survécu à toutes, se faisant gloire de proclamer au dernier jour du monde les mêmes dogmes qu’elle professait le jour qu’elle sortit des mains de son divin initiateur? N’est-ce pas un prodige inouï que des centaines de millions d’hommes, différents d’origine, de mœurs, d’institutions, souvent hostiles les uns aux autres, s’unissent dans une égale soumission à une même autorité, qui d’un seul mot gouverne leur raison dans les choses de la croyance ?

Que votre fidélité à vos promesses est grande, ô Jésus ! Qui ne sentirait votre présence au milieu de votre Eglise, maîtrisant les éléments contraires, et se faisant sentir par cet empire irrésistible et doux qui contient l’orgueil et la mobilité de notre esprit sous votre joug aimé ? Et ce sont des hommes, des hommes comme nous, qui règlent et gouvernent notre croyance ! C’est le successeur de Pierre, en qui la foi ne peut défaillir, et dont la parole souveraine parcourt le monde entier, produisant l’unité dans les pensées et dans les sentiments, dissipant les doutes et apaisant tout d’un coup les controverses. C’est le corps vénérable de l’Episcopat uni à son Chef, et empruntant de cette union une force invincible dans la proclamation d’une même vérité en toutes les régions du monde. Oui, il est ainsi : des hommes sont devenus infaillibles, parce que Jésus est avec eux et en eux. Pour tout le reste, ils seront des hommes semblables aux autres ; mais la chaire sur laquelle ils sont assis est soutenue par le bros même de Dieu, et elle est la chaire de vérité sur la terre.

O triomphe de notre foi, issue du miracle qui commande à la nature, et dirigée, éclairée, conservée par cet autre miracle qui défie toutes les expériences de la sagesse humaine ! Que de merveilles notre divin ressuscité a opérées dans le cours de ces quarante jours qu’il daigne nous donner encore! Jusqu’alors il avait préparé; il consomme maintenant. Louange, action de grâces à sa divine sollicitude pour ses brebis ! S’il a exigé d’elles la foi, comme l’hommage premier de leur soumission, nous pouvons dire qu’il en a rendu le sacrifice aussi attrayant à la droiture de leur cœur que méritoire à leur humble raison.

Honorons sa résurrection glorieuse par un nouveau cantique, que nous prendrons dans les anciens Missels de l’Allemagne.

 

SÉQUENCE.

Au Christ, nous ses rachetés, chantons d’un accent pieux.

Qu’en ce jour toute la nature, avec transport,

Offre ses actions de grâces au Fils de Dieu.

Guerriers du céleste palais , partagés en neuf chœurs, vous nos concitoyens, admettez-nous dans votre concert de joie.

Hiérarchies supérieures, faites entendre vos cantiques, et vous, légions inférieures, faites retentir vos acclamations.

Que tout esprit célèbre avec enthousiasme les merveilles qu’a opérées le Seigneur,

Qui étant Dieu a voulu naître homme pour le salut de l’homme.

Cachant sa divinité sous une chair fragile, il a supporté les outrages avec patience :

Tandis que, comme Dieu, il éclatait par ses prodiges.

Soumis à toutes les conditions de notre corps, il semblait un simple habitant de la terre.

L’ennemi osa le tenter; il ne sut pas le connaître, et la divinité ne se révéla pas à lui.

Elle déjoua avec sagesse l’artifice de l’ennemi, jusqu’à ce que le moment fût venu où elle trancha le nœud de l’antique faute.

Sur l’autel de la croix, le Christ s’offrit pour nous en hostie à Dieu son Père, et par sa mort il mit à mort nos péchés.

Aujourd’hui vainqueur. avant ravagé l’enfer, enchaîné le prince de la mort, il remonte des limbes entouré d’une pompe sublime.

Voici le jour qui enfin a lui après le règne ténébreux du noir Ethiopien :

Jour auquel est ressuscité le Christ, qui vivra sans fin dans la chair qu’il a prise de la Vierge Marie.

C’est lui qui rapporte avec joie, sur ses épaules, à son Père la brebis qu’il avait perdue.

Amen.