LE SAMEDI DE LA QUATRIEME SEMAINE APRÈS PÂQUES

 

V/. In resurrectione tua, Christe, alleluia,

R/. Cœli et terra laetentur, alleluia.

 

V/. A votre résurrection, ô Christ ! alleluia,

R/. Le ciel et la terre sont dans l’allégresse, alleluia.

 

Le Samedi ramène le doux et cher souvenir de Marie. Samedi dernier, en terminant la semaine consacrée à méditer sur l’établissement de l’Eglise par le Sauveur ressuscité, nous avons contemplé les rapports qui unissent les destinées de l’Epouse du Christ et celles de Marie. Durant la semaine qui finit aujourd’hui, nous avons considéré le Seigneur Jésus confiant à ses Apôtres l’ensemble de sa doctrine, objet de notre foi ; rendons un hommage particulier aux dogmes qu’il leur révèle sur les grandeurs et le ministère de celle qu’il a choisie pour être sa Mère et la Mère du genre humain.

La sainte Eglise enseigne à ses enfants plusieurs vérités relatives à Marie ; et ces vérités sont l’objet de notre foi, au même titre que les autres qui sont contenues au Symbole. Or, elles ne peuvent être l’objet de la foi que parce qu’elles furent révélées de la bouche même du Christ. L’Eglise de nos jours les a reçues de l’Eglise des siècles antérieurs, et celle-ci des Apôtres à qui leur Maître les confia. Il n’y a pas eu de nouvelle révélation depuis l’Ascension du Rédempteur; la manifestation de tous les dogmes transmis à l’Eglise et promulgues par elle remonte donc aux enseignements de Jésus à ses Apôtres ; et c’est pour cette raison que nous leur accordons l’adhésion de notre loi théologale, adhésion réservée absolument aux vérités directement révélées de Dieu à la terre.

Qu’elle est touchante, l’affection filiale du Fils de Dieu envers sa Mère, lorsque sa parole ineffable, après avoir manifesté aux Apôtres les impénétrables secrets de l’essence divine, la Trinité dans l’unité, la génération éternelle du Verbe dans le sein du Père, l’éternelle procession de l’Esprit-Saint produit par le Père et le Fils, l’union des deux natures en une seule personne dans le Verbe incarné, la rédemption du monde par le sang divin, la grâce réparant l’homme tombé et l’élevant à l’état surnaturel ; lorsque, disons-nous, cette parole révélatrice s’emploie à faire ressortir les prérogatives d’une simple créature, dont les grandeurs devront être acceptées par notre raison soumise, au même titre que les dogmes qui nous dévoilent la nature même de Dieu ! Jésus, Sagesse du Père, vainqueur de la mort, nous a révélé la dignité de Marie de la même bouche qui nous manifestait ce qu’il est lui-même ; nous croyons l’un et l’autre d’une même foi, parce qu’il l’a dit.

Ainsi Jésus a dit à ses Apôtres, qui l’ont mystérieusement confié à l’Eglise, sous la garde de l’Esprit-Saint : « Marie, ma Mère, descend d’Adam et d’Eve selon la chair ; mais la tache originelle ne l’a pas souillée. Le décret en vertu duquel toute créature humaine est conçue dans le péché a subi pour elle une exception. Dès le premier instant de sa conception, elle fut pleine de grâce. Jérémie et Jean-Baptiste furent sanctifies dans le sein de leurs mères ; Marie a été immaculée dès le premier moment de son existence. »

Jésus a dit encore à ses Apôtres, avec ordre de le répéter à son Eglise : « Marie est véritablement Mère de Dieu, et doit être honorée en cette qualité par toute créature ; car elle m’a véritablement conçu et enfanté dans ma nature humaine, qui ne forme qu’une seule personne avec ma nature divine. »

Jésus a dit encore à ses Apôtres, avec ordre de le répéter à son Eglise : « Marie, ma Mère, m’a conçu dans son chaste sein sans cesser d’être vierge, et elle m’a enfanté sans que sa virginité en ait souffert aucune atteinte. »

Ainsi, la Conception immaculée de Marie, qui est la préparation de son rôle sublime, sa divine Maternité, qui en est le but divin, sa perpétuelle Virginité, qui en est l’ineffable splendeur: ces trois dogmes inséparables, objet sacré de notre foi, furent directement manifestés par Jésus à ses Apôtres ; et la sainte Eglise ne fait que les répéter après eux, qui les ont répétés après leur Maître divin.

Mais le Sauveur n’a-t-il pas manifesté encore d’autres prérogatives de son auguste Mère, prérogatives qui sont la conséquence des trois dons magnifiques que nous venons d’énumérer ? Demandons à la sainte Eglise ce qu’elle croit à ce sujet, ce qu’elle enseigne par sa doctrine, et par sa pratique infaillible comme sa doctrine. Tout ce qui se développe en elle, sous l’action de l’Esprit-Saint, a pour germe la Parole divine prononcée au commencement. Ainsi, nous ne saurions douter que le Rédempteur n’ait dévoilé aux Apôtres son dessein d’élever aux honneurs de Reine de toute la création, de Médiatrice des hommes, de dispensatrice de la grâce, de coopératrice du salut, celle que les trois dons incommunicables placent si fort au-dessus de tout ce que la puissance divine a créé. Sans aucun doute, toutes ces magnificences ont été connues des Apôtres ; elles ont fait l’objet de leur admiration et de leur amour ; et nous, mis en possession de ces mêmes trésors de vérité et de consolation par la sainte Eglise, nous nous en délectons après eux. Le fils de Marie ne devait pas monter à la droite de son Père, avant d’avoir déclaré au monde les grandeurs inénarrables de celle qu’il avait choisie pour Mère, et qu’il aimait en fils et en Dieu.

Quels furent, ô Marie, les sentiments de votre incomparable humilité, lorsque Jésus manifesta vos excellences à ces hommes mortels dont la vénération vous entourait, mais qu’un Dieu pouvait seul initier aux merveilles de votre personne et de votre mission ! « O Cité de Dieu ! quelles choses admirables furent racontées de vous (1) ! » Si autrefois, lorsqu’un Ange vous salua « pleine de grâce et bénie entre toutes les femmes, » votre modestie s’alarma de tels éloges ; avec quel trouble aujourd’hui n’accueillez-vous pas les hommages des Apôtres inclinant devant votre dignité de Mère de Dieu, toujours Vierge, immaculée dans sa Conception ! Mais c’est en vain, ô Marie, que vous voudriez fuir les honneurs qui vous sont dus, que vous vous réfugiez dans les profondeurs de votre humilité. Il doit s’accomplir, l’oracle que votre bouche inspirée prononça jadis dans la maison de Zacharie. Si le Seigneur a regardé en vous « la bassesse de sa servante », il

  1. Psalm. LXXXVI, 5.

faut aussi que toutes les générations vous proclament bienheureuse ». Le moment est venu ; d’ici à peu de jours la prédication évangélique commencera son cours. Votre nom, votre ministère et vos grandeurs font partie essentielle du Symbole qui doit être porté dans le monde entier. Assez longtemps votre gloire a été couverte d’un nuage mystérieux; Jésus veut que ce nuage se dissipe, et que vous apparaissiez aux yeux des peuples comme la Mère du Dieu qui, voulant sauver l’ouvrage de ses mains, n’a pas dédaigné de venir prendre l’être humain dans vos chastes entrailles. Laissez-nous, ô notre douce Mère, notre auguste Reine, nous unir de cœur aux premiers hommages que vous rendit le collège apostolique, lorsque Jésus lui révéla vos grandeurs.

A Marie, Mère du divin ressuscité, chantons cette pieuse Séquence du Missel de Cluny de 1523. Elle consiste en une gracieuse imitation du Victimae paschali.

 

SÉQUENCE.

De la vierge Marie, chrétiens, laites retentir les louanges.

O bienheureuse dame, par votre intercession, réconciliez les pécheurs à Dieu.

Afin qu’ils puissent recevoir la victime pascale, plaignez les délivrer du vieux levain.

O Marie, vierge clémente et miséricordieuse,

Faites-nous jouir de la vue du Christ vivant, et contempler la gloire de sa résurrection.

Par vos tendres prières, faites notre paix avec lui.

Vous seule êtes mère et vierge, la Mère du Verbe de Dieu.

La foi nous enseigne que celui qui de vous naquit Dieu et homme, est ressuscite glorieux du tombeau.