LE VENDREDI DE LA CINQUIÈME SEMAINE APRÈS PÂQUES

 

V/. In resurrectione tua, Christe, alleluia,

R/. Cœli et terra laetentur, alleluia.

 

V/. A votre résurrection, ô Christ ! alleluia,

R/. Le ciel et la terre sont dans l’allégresse, alleluia.

 

Nous avons contemplé le Rédempteur instituant les secours sacramentels par lesquels l’homme est élevé et maintenu à l’état de la grâce sanctifiante, depuis le moment de son entrée en ce monde jusqu’à celui de son passage à la vision éternelle de Dieu. Il nous faut maintenant considérer le sublime Sacrement que Jésus a établi pour être la source de laquelle émane sur les hommes cette grâce divine qui prend toutes les formes et s’adapte à tous nos besoins.

L’Ordre est ce Sacrement, et il est ainsi appelé parce qu’il est communiqué à des degrés différents aux membres de l’Eglise qui en sont honorés. De même qu’au ciel les saints Anges sont gradués selon divers rangs inégaux en lumière et en puissance, en sorte que les rangs supérieurs influent sur ceux qui leur sont inférieurs, ainsi dans le Sacrement de l’Ordre, tout est ordonné d’après une harmonie semblable, en sorte que le degré supérieur influe sur celui qui est au-dessous cette puissance et cette lumière qui est la propriété de la Hiérarchie ecclésiastique.

Hiérarchie signifie Principauté sacrée. Cette principauté éclate dans le Sacrement de l’Ordre par trois degrés: l’Episcopat, la Prêtrise, et le Diaconat, dans lequel il faut comprendre les Ordres inférieurs qui en ont été détachés. On appelle cet ensemble Hiérarchie d’Ordre, pour le distinguer de la Hiérarchie de Juridiction. Cette dernière, destinée au gouvernement de la société chrétienne, se compose du Pape, des Evêques et des membres du clergé inférieur auxquels ils ont délégué une portion de leur pouvoir de gouvernement. Nous avons vu comment cette Hiérarchie prend sa source dans l’acte souverain par lequel Jésus, Pasteur des hommes, a donné à Pierre les clefs du Royaume de Dieu. La Hiérarchie d’Ordre, liée intimement à la première, a pour objet la sanctification des hommes par les dons de la grâce dont elle est dépositaire ici-bas.

Au soir de la Pâque, ainsi que nous l’avons rappelé déjà plusieurs fois, Jésus se présente à ses Apôtres et leur dit : « Comme mon Père m’a envoyé, ainsi je vous envoie. » Or le Père a envoyé son Fils afin qu’il fût le Pasteur des hommes, et nous avons entendu Jésus dire à Pierre de paître agneaux et brebis. Le Père a envoyé son Fils afin qu’il fût le Docteur des hommes, et nous avons vu Jésus confier à ses Apôtres le dépôt des vérités qui seront l’objet de notre foi. Mais le Père a envoyé son Fils pour être aussi le Pontife des hommes ; il faut donc que Jésus laisse sur la terre, pour y être exercée jusqu’à la fin, cette charge de Pontife qu’il a exercée lui-même dans toute sa plénitude. Or, qu’est-ce que le Pontife ? C’est l’intermédiaire entre le ciel et la terre ; c’est lui qui rattache l’homme à Dieu, qui offre le Sacrifice par lequel la majesté divine est honorée et le péché de l’homme répare ; c’est lui qui purifie la conscience du pécheur et le rend juste ; lui enfin qui l’unit à Dieu par les mystères dont il est le dispensateur.

Jésus, notre Pontife, a accompli toutes ces choses par l’ordre du Père ; mais le Père veut qu’elles se continuent ici-bas, lorsque son Fils sera monté aux cieux. Il faut donc que Jésus communique à quelques hommes sa qualité de Pontife par un Sacrement particulier, de même qu’il a conféré à tous ses fidèles l’honneur de devenir ses membres dans le Baptême. L’Esprit-Saint opérera dans ce nouveau mystère, à chacun des degrés du Sacrement. Ce fut lui dont l’opération toute divine produisit la présence du Verbe incarné dans le sein de la Vierge ; ce sera lui qui imprimera sur l’âme de ceux qui lui seront présentés le caractère auguste de Jésus, le Prêtre éternel. Aussi avons-nous vu notre divin Ressuscité, après les paroles que nous venons de rappeler, envoyer son souffle sur les Apôtres et leur dire: « Recevez le Saint-Esprit » , montrant ainsi que c’est par une infusion spéciale de l’Esprit du Père et du Fils que ces hommes sont mis en état a d’être envoyés par le Fils, comme le Fils l’a été « lui-même par le Père ».

Mais ce ne sera pas par le souffle, qui est réservé au Verbe, principe de vie, que les Apôtres et leurs successeurs conféreront ce nouveau Sacrement. Ils imposeront les mains sur ceux qui auront été élus pour cette charge et cet honneur. A ce moment l’Esprit divin couvrira de son ombre ceux qui ont été mis à part et destinés à cette initiation suprême. La transmission du don céleste se fera ainsi de génération en génération, selon les degrés respectifs, conformément à la volonté de l’Hiérarque par lequel et avec lequel l’Esprit-Saint opère ; et lorsque Jésus redescendra pour juger le monde, il retrouvera transmis et conservé intact sur la terre ce caractère qu’il imprima lui-même en ses Apôtres lorsqu’il leur conféra son Esprit.

Contemplons avec amour cette échelle lumineuse de la sainte Hiérarchie que Jésus a dressée pour nous conduire jusqu’au ciel. Au sommet, et dominant les autres degrés, resplendit l’Episcopat qui contient en lui la plénitude de l’Ordre, avec la fécondité pour produire de nouveaux Pontifes, de nouveaux Prêtres, de nouveaux Diacres. Le pouvoir d’offrir le Sacrifice éternel réside en lui, les clefs pour ouvrir et fermer le ciel reposent dans ses mains, tous les Sacrements sont en son pouvoir, la consécration du Chrême et de l’huile sainte lui appartient ; il ne bénit pas seulement, il consacre.

Au-dessous de lui paraît le Prêtre qui est son fils, qu’il a engendré par l’imposition de ses mains; le Prêtre, dont le caractère est si auguste, mais qui ne possède pas cependant la plénitude du caractère de l’Homme-Dicu. Ses mains, toutes sanctifiées qu’elles sont, n’ont pas reçu la fécondité pour produire d’autres prêtres; il bénit, mais il ne consacre pas; il reçoit de l’Evêque le Chrême sacré qu’il est impuissant à faire. Sa dignité est grande cependant ; car le pouvoir d’offrir le Sacrifice est en lui. et son hostie divine est la même que celle du Pontife. Il remet les péchés aux fidèles que le Pontife a placés sous sa conduite. L’administration solennelle du Baptême lui est confiée, quand l’Evêque ne l’exerce pas lui-même, et l’Extrême-Onction lui appartient en propre.

Le degré inférieur est celui du Diacre qui est le serviteur du Prêtre, selon la signification de son nom. Dépourvu du sacerdoce, il ne peut offrir le Sacrifice, il ne peut remettre les péchés, il ne peut donner l’Onction aux mourants ; mais il assiste et sert le Prêtre à l’autel, et pénètre jusque dans la nuée mystérieuse où s’accomplit l’auguste mystère. Les fidèles l’entendent lire avec solennité le saint Evangile du haut de l’ambon. La divine Eucharistie est confiée à sa garde, et il pourrait, au défaut du Prêtre, la distribuer au peuple. Le Baptême pourrait être, dans le même cas, administré par lui solennellement, et il a reçu le pouvoir d’annoncer au peuple la divine parole.

Tels sont les trois degrés de la Hiérarchie d’Ordre, correspondant, selon la doctrine du grand saint Deny, aux trois degrés par lesquels l’homme arrive à s’unir à Dieu: la purification, l’illumination et la perfection. Au Diacre de préparer le catéchumène et le pécheur, en les instruisant de la Parole divine qui les délivrera des erreurs de l’esprit, et leur fera concevoir le repentir de leurs fautes avec le désir d’en être délivrés; au Prêtre d’éclairer ces âmes, de les rendre lumineuses par le saint Baptême, parla rémission des péchés, par la participation à l’hostie sacrée ; au Pontife de répandre en elles les dons de l’Esprit-Saint, et de les élever, par la contemplation de ce qu’il est lui-même, jusqu’à l’union avec Jésus-Christ, dont il possède le complet caractère de Pontife. C’est là le Sacrement de l’Ordre, moyen essentiel du salut des hommes, canal nécessaire des grâces infinies de la divine Incarnation, et qui perpétue sur la terre la présence et l’action du Rédempteur.

Rendons grâces à Jésus pour ce bienfait inénarrable, et honorons comme le trésor de la terre ce Sacerdoce nouveau qu’il a inauguré en lui-même, et qu’il a ensuite confié à des hommes chargés de continuer dans sa plénitude la mission que le Père lui avait donnée. L’action sacramentelle est le grand ressort du monde ; elle est entre les mains du Sacerdoce. Prions pour ceux qui sont établis dans ces degrés redoutables ; car ces degrés sont tout divins, et ceux qui les occupent ne sont que des hommes. Ils ne forment point une tribu, une caste, comme le sacerdoce de l’ancienne Alliance ; l’imposition des mains les enfante de toute race, de toute famille, et inférieurs par nature aux saints Anges, ils sont au-dessus d’eux par leurs fonctions.

Célébrons aujourd’hui la résurrection du Pontife éternel par ce joyeux cantique que nous fournit l’antique Missel de l’Eglise de Liège.

 

SÉQUENCE.

Ange, dis-nous de quelles régions tu arrives, porteur d’une nouvelle allé gresse pour le monde ?

Qui t’amène de nouveau sur la terre que nous habitons ?

Il nous répond d’un visage tranquille, et de sa douce voix il nous dit : « Alleluia ! »

« Un Esprit céleste m’a annoncé l’admirable prodige du Christ ;

« Il s’est mis à célébrer le Roi des cieux sorti du tombeau.

« Tout aussitôt j’ai pris mes ailes rapides, et traversant joyeusement et sans résistance la région de l’air,

« Je suis revenu près de vous, serviteurs de Dieu, afin de vous apprendre que la loi ancienne est abolie, et que la grâce nouvelle a commencé son règne. »

Instruits par l’Ange, chantez, serviteurs de Dieu,d’une voix mélodieuse : « Le Christ aujourd’hui nous a délivrés de la mort cruelle.

« Le Père avait livré son Fils, et les esclaves l’ont mis à mort pour notre salut.

« Le Fils a subi volontairement le trépas, pour nous racheter nous-mêmes de la mort éternelle. »

Maintenant donc, ô brebis, livrez-vous au repos, et jouissez d’une vie sans fin.

Serviteurs de Dieu, unissez vos voix et chantez la Pâque sacrée.

Le Christ est notre Paix. Alleluia.